Editoriaux du secrétaire académique - 2012
Explosion annoncée pour l’enseignement professionnel public
(journal n°164 du 10 novembre 2012)
C’est peu de dire que les espoirs que nous avions mis avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement annonçant une
priorité pour l’Education ont été déçus. En effet, les mesures en préparation pour l’enseignement professionnel,
non seulement s’inscrivent dans la continuité des orientations de l’ancienne majorité gouvernementale, mais
proposent aussi de nouveaux projets qui transforment, de façon définitive, la voie professionnelle en voie de
l’échec pour les élèves qui nous sont confiés. Il suffit pour s’en convaincre de noter la priorité affichée
pour l’apprentissage avec l’annonce d’un objectif de 500000 apprentis, dans un pays ou les entreprises licencient
du personnel et soumettent le gouvernement à un lobbying éhonté. Si certains se prennent pour des pigeons, soyez
assurés que les PLP avec les projets annoncés risquent d’être les dindons de la farce. Introduire l’apprentissage
de façon massive dans nos LP c’est abaisser la qualité de l’enseignement dispensé, notamment en enseignement
général alors que c’est ce qui leur fait le plus défaut pour aborder avec succès les mutations dans leur future
vie professionnelle. Ce n’est qu’avec un lien fort entre l’enseignement professionnel au sein de nos LP et
l’enseignement général que nous pouvons maintenir une voie de réussite dans les lycées professionnels.
L’apprentissage qui est proposé est une solution à courte vue qui reprend et amplifie un mouvement de réforme
dans notre secteur, entammé depuis près de trente ans et qui n’a jamais produit d’effets positifs. Vouloir
transformer une bonne partie de nos élèves de LP en salariés avec un contrat d’apprentissage est un artifice
comptable pour économiser des postes d’enseignants et dégrader les conditions de travail des PLP. Ce sera
d’ailleurs d’autant plus facile que l’intention du gouvernement est de confier l’ensemble de la carte des
formations aux régions, soumettant ainsi l’orientation à des intérêts locaux au mépris du cadre national des
diplômes et de l’accès à tous les jeunes à une formation de leur choix, sur l’ensemble du territoire national.
Enfin, si l’on ajoute le projet d’une seconde de détermination professionnelle en lycée professionnel, avec
l’introduction des champs professionnels, on réduit la formation à un métier à deux années, en calquant ce
modèle sur celui du lycée général. À ce rythme là le lycée unique prôné par certains syndicats prend forme et
marque la fin d’une voie professionnelle spécifique. Les récents propos du ministre dans la presse, sous couvert
de revalorisation de la voie professionnelle, qui en réalité vise à remettre en route la voie technologique en
perte de vitesse depuis la rénovation de la voie professionnelle, confortent cette hypothèse. Mais aux yeux de
l’opinion, c’est une bonne opération de communication politique qui vise à montrer que l’on résout les problèmes
de la formation des jeunes, du chômage dans notre pays et que l’on est soucieux de réduire la dépense publique.
Cette politique de courte vue, menée par les adversaires résolus de l’enseignement professionnel à qui l’on a
confié les rênes du rapport sur la refondation de l’école est une machine à broyer les consciences et à forger
les inégalités futures dans notre société. En effet reléguer la voie professionnelle à la gestion de l’échec c’est
anéantir tout ce pour quoi le SNETAA FO s’est battu depuis sa création et c’est stigmatiser les populations
d’élèves les plus défavorisées socialement et leurs éducateurs que nous sommes. C’est pourquoi dans les semaines
qui viennent nous devons tout faire pour empêcher ces réformes d’aboutir.
Pour parvenir à cet objectif le SNETAA FO
vous invite à participer aux mobilisations qu’il organise dans vos établissements au travers de ses responsables
locaux et des manifestations à venir dans les prochaines semaines.
Angoulême, le 10 novembre 2012,
Henri Lalouette, Secrétaire Académique
Une rentrée en trompe l’œil
(journal n°163 du 10 octobre 2012)
Créations de postes, lancement du grand débat sur la refondation l’école, annoncé comme un des piliers du quinquennat,
voilà un horizon qui semble s’éclaircir à cette rentrée 2012. Ne nous y trompons cependant pas. Derrière les
annonces l’avenir de l’enseignement professionnel n’est pourtant pas dégagé. Il faut certes un peu de temps pour
observer un changement de politique. La rentrée 2013 sera sans doute, à cet égard plus parlante. Mais derrière les
propos rassurants, les réalités demeurent. Ainsi dans notre académie la rentrée n’est pas aussi réussie qu’on veut
bien le laisser supposer. Pour s’en convaincre il suffit d’ouvrir un peu les yeux sur nos conditions de travail. Les
classes chargées en effectifs et les regroupements de sections dans nos LP n’ont pas disparus, alors même que le public
que nous accueillons nécessite de plus en plus un suivi individualisé. C’est ainsi que les passerelles ouvertes pour
les élèves de lycée général vers le LP en première professionnelle, se sont mises en place sans moyens supplémentaires,
alors même que ces élèves ont manqué une année complète de formation professionnelle. Il est vrai que nous n’aurions
pas ces problèmes si, comme nous le demandons depuis le début de la Rénovation de la voie professionnelle, l’orientation
vers la voie professionnelle était présentée, dès la troisième, à égale dignité avec la voie générale et technologique.
La remise en cause quotidienne dans quelques établissements du statut des PLP est une autre facette de cette rentrée
(pression sur les collègues pour surveiller les récréations en EREA, remplacements en collèges considérés comme normaux).
On peut aussi y ajouter la mise à l’index, dans certains établissements, des collègues qui demandent des temps partiels
et auxquels on propose des emplois du temps incompatibles avec leur demande d’allègement de service.
Enfin, la pression pour une orientation de plus de 60% des collégiens vers la voie générale conduit à la mise en
difficulté de la voie professionnelle, prise entre la volonté académique de remettre sur pied la voie technologique
à notre détriment et la présentation de l’apprentissage comme une solution miracle pour sauver les LP. On le voit donc
bien, les discussions qui s’engagent doivent remettre l’enseignement professionnel à sa vraie place : une voie de réussite
pour tous guidée par une réflexion sur l’orientation en fin de troisième, permettant à chaque élève qui le souhaite et
à sa famille de construire un vrai projet au sein d’un enseignement professionnel public et laïque, dans nos lycées
professionnels. Pour y parvenir nous devons, dans nos établissements, mais aussi autour de nous, convaincre collègues, amis,
famille et entourage de la nécessité de sauvegarder et de développer nos formations au sein de nos LP. Mettre en avant
la voie professionnelle c’est permettre aux jeunes qui le souhaitent, de trouver leur place dans notre société par
l’obtention d’une formation professionnelle de qualité associées à l’apprentissage des valeurs républicaines.
Toutes ces raisons doivent donc nous conduire à envisager cette rentrée non pas comme une réussite mais plutôt
comme un premier constat de ce qui doit changer. C’est la condition indispensable pour envisager la voie professionnelle
initiale, publique et laïque comme un des piliers de la future réforme de l’école, annoncée par notre Président de la
République. Les PLP attendent un changement en profondeur et ne s’arrêteront pas à un simple effet d’annonce.
Angoulême, le 10 octobre 2012,
Henri Lalouette, Secrétaire Académique
Soutien et mobilisation
(journal n°162 du 1 juillet 2012)
L’enseignement professionnel public initial dans notre académie a connu cette année encore de fortes turbulences.
Chacun d’entre nous au travers des diverses annonces faites lors de la campagne présidentielle et des dernières actions
menées par le précédent gouvernement s’est senti incertain et ballotté au gré des mouvements d’opinion quant au devenir
du métier de professeur de lycée professionnel.
Les urnes ont rendu leur verdict et on pourrait croire que tout est maintenant réglé, que le danger est derrière nous.
C’est encore loin d’être le cas. Des bouleversements profonds sont annoncés par la nouvelle majorité : rythmes scolaires,
temps de travail des enseignants, place de l’enseignement professionnel public, remise à plat des statuts et la liste
n’est pas exhaustive. C’est notre capacité à peser sur les décisions à venir qui va décider du futur de l’enseignement
professionnel public et laïque. Pour cela la mobilisation et la vigilance seront nécessaires dès la rentrée. En effet
les négociations qui vont commencer durant les vacances scolaires entre nos représentants nationaux et le nouveau ministre,
nécessiteront un fort soutien des adhérents de base du SNETAA FO que nous sommes pour aboutir à un projet viable qui accorde
toute se place à la voie professionnelle : une voie de réussite, à égale dignité avec les autres filières générale et
technologique.
L’enseignement professionnel initial public ne doit pas faire les frais de la rigueur budgétaire qu’elle
soit de droite ou de gauche. Nous avons su jusqu’à aujourd’hui faire entendre la voie du SNETAA FO dans vos établissements.
Nos efforts ont permis de limiter la casse programmée des lycées professionnels au travers de la RGPP. Ainsi, avant de
vous souhaiter à tous de bonnes vacances bien méritées, je compte sur vous pour aller plus loin dans le combat que
nous menons en poursuivant la mobilisation dès la prochaine rentrée et en apportant notre soutien à nos responsables nationaux.
Angoulême, le 1 juillet 2012,
Henri Lalouette, Secrétaire Académique